CharlElie Couture

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Pourquoi?

Parce que depuis toujours, j'ai peint.

Je ne savais pas pourquoi. Quand j'étais enfant, à Nancy, je dessinais dans ma chambre. Je savais que mon père jetterait un œil par-dessus mon épaule quand il rentrerait le soir, et il corrigerait ci ou ça. Et ça m'énerverait, mais il dirait aussi quelque chose de bien, il m'emmènerait dans son bureau, il ouvrirait la grande bibliothèque et m'expliquerait quelque chose en tournant les pages. Un jour à Noël, il m'a offert deux pinceaux en poil de martre et un gros tube de gouache blanche avec un carnet à dessin à spirale et du papier, du beau papier, un Canson lourd ou je ne sais plus, peut-être de l'Ingres.

Je n'y arrivais pas, bien sûr j'étais loin de ce que je voulais faire. Ça n'était jamais bien, jamais assez bien, alors, je recommençais. J'en faisais toujours plus. J'étais un rebelle consciencieux, d'autant plus que j'aimais ça. Pourtant, je ne m'imaginais pas devenir un peintre artisan à l'ancienne. Je voulais être metteur en scène de cinéma. Inventer des mondes, raconter des histoires avec des images. Quand j'avais sept ans, je commentais mes dessins en ajoutant des phrases. Les mots peuvent eux aussi évoquer des humeurs abstraites.

Je n'étais pas à l'aise dans le cadre scolaire, non. Sur un de mes livrets d'internat un professeur avait inscrit "artiste, nature d’artiste, tempérament d'artiste, difficile à gérer; ne se mélange pas à ses camarades': Et moi je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. C'est vrai que j'étais toujours un peu à l'écart, mais je n'y voyais pas de faute, c'était naturel. Garder un peu de marge. Mais dans le stylo de celui qui écrivait cette remarque, je sais qu'il y avait venant d'un homme conventionnel la crainte de me voir mal intégré aux systèmes organisés autour d'un axe de routine. Or j'étais tout sauf attiré par la répétition des actes et les dessins que je faisais étaient tous différents.

Je suis entré au lycée en classe artistique. Je savais ce que je voulais, ce qui n'était pas le cas de la plupart des autres élèves qui avaient en majeure partie abouti là par dépit, plutôt que par vocation, par lassitude ou par résignation. Ce n'était pas mon cas. J'avais toujours vécu dans les mondes de l'Art.

Mon père était antiquaire décorateur, et les mercredis, j'allais dans la boutique qu'il tenait avec mère, je touchais les choses, il m'expliquait comment elles avaient été construites et comment les reconnaître par tel ou tel détail. J'avais restauré des tableaux, nettoyé le vernis de l'un, retrouvé une couleur manquante sur un paravent, gratté la polychromie d'une statuette gothique, etc...

Mais je voulais connaître le monde, un jour je suis parti sur ma mobylette, et je ne suis pas rentré le soir. J'étais parti "pour l'Art". Pour connaître les gens, auxquels je parlerais plus tard.

Et puis je me suis inscrit aux Beaux-arts, et à l'instant où je me suis retrouvé là, j'ai su que j'y serais enfin à ma place. Et de fait, j'ai passé cinq années à apprendre à me connaître en même temps que je découvrais des techniques. Au départ j'étais entré là pour apprendre à dessiner suffisamment bien pour devenir décorateur de cinéma. (J'avais vu les croquis d'Eisenstein pour "Alexandre Nevski" et cela m'avait fasciné, comment avec trois traits, il avait pu expliquer des choses plus clairement compréhensibles pour ses équipes que s'il eût mis des mots les uns au bout des autres). Mais plus j'apprenais de nouvelles manières de créer (peinture, gravure, photo, sculpture} plus je me disais qu'il y avait de nombreuses choses à inventer. Je faisais des concerts qui me permettaient d'arrondir mes fins de mois, le fait de pouvoir concevoir mes affiches ou la pochette de mon premier disque autoproduit, représentait une chance et une liberté supplémentaire.

Quand je suis parti en tournée, j'ai photographié mes chambres d'hôtel, je les ai dessinées, pour garder le souvenir de ces endroits que j'avais conscience de visiter comme un sous-marin immergé dans une mer inconnue qui observe chaque vague, qui scrute chaque point de l'horizon. Et puis après les intérieurs, j'ai commencé à peindre ce que je voyais par la fenêtre. En voyage dans les pays étrangers, je dessinais comme un espion prend des notes, parce que je savais que ce que l'on conserve n'a pas le même sens quand on le voit sur place et quand on le revit une fois de retour.

puis j'ai commencé à concevoir les tableaux comme des chansons ou comme des films, toujours raconter des histoires.

Sur des surfaces de papiers collés, marouflés sur la toile de lin, je compose à partir de trois éléments que l'on retrouve sur chaque tableau. Il y a une fenêtre, un décor, des acteurs personnages, et apprendre à dessiner suffisamment bien pour devenir décorateur de cinéma. (J'avais vu les croquis d'Eisenstein pour "Alexandre Nevski" et cela m'avait fasciné, comment avec trois traits, il avait pu expliquer des choses plus clairement compréhensibles pour ses équipes que s'il eût mis des mots les uns au bout des autres). Mais plus j'apprenais de nouvelles manières de créer (peinture, gravure, photo, sculpture) plus je me disais qu'il y avait de nombreuses choses à inventer. Je faisais des concerts qui me permettaient d'arrondir mes fins de mois, le fait de pouvoir concevoir mes affiches ou la pochette de mon premier disque autoproduit, représentait une chance et une liberté supplémentaire.

Quand je suis parti en tournée, j'ai photographié mes chambres d'hôtel, je les ai dessinées, pour garder le souvenir de ces endroits que j'avais conscience de visiter comme un sous-marin immergé dans une mer inconnue qui observe chaque vague, qui scrute chaque point de l'horizon. Et puis après les intérieurs, j'ai commencé à peindre ce que je voyais par la fenêtre. En voyage dans les pays étrangers, je dessinais comme un espion prend des notes, parce que je savais que ce que l'on conserve n'a pas le même sens quand on le voit sur place et quand on le revit une fois de retour.

Et puis j'ai commencé à concevoir les tableaux comme des chansons ou comme des films, toujours raconter des histoires.

Sur des surfaces de papiers collés, marouflés sur la toile de lin, je compose à partir de trois éléments que l'on retrouve sur chaque tableau. Il y a une fenêtre, un décor, des acteurs personnages, et puis une histoire quelques mots, qui viennent se poser entre les images. Et puis ensuite sont venus les anges qui s'envolent dans un coin de l'espace et qui signifient l'aspiration divine ou quelque inspiration spirite qui ne se justifie pas, et puis il y a ces griffes de couleurs vivent qui sont autant d'électricité, et puis il y a la musique des traits qui chahutent les "interspaces". Faire un tableau c'est une méditation. Il n'y a pas un centimètre carré que mon regard n'ait visité à plusieurs reprises. Quelques tableaux se font avec aisance, pour d'autres, c'est beaucoup plus long et leur achèvement ne se fait qu'après de longues périodes de plusieurs mois, voire plusieurs années de remise en cause. Oui ça peut être très long. On ne sait jamais. J'est comme un roman, ou une chanson, on sait pourquoi on commence, mais on ne sait jamais comment cela va finir. ln et out. Intérieur/ extérieur.

Il faut oser se jeter dans le vide. La seule chose que l'on maîtrise, c'est la méthode. On acquiert une technique dont je viens de parler mais, on ne maîtrise jamais la réelle finalité de tout cela. Il faut faire preuve d'humilité autant que d'ambition, savoir laisser filer le caprice et pourtant ne pas se laisser dominer par lui. De toute façon chacun a dans la tête ses propres systèmes de décodage, pour lui permettre d'appréhender le monde qui l'entoure.

Cependant, en quelques mots brièvement condensés, voilà ici résumé comment j'en suis arrivé là, ou presque...



BIBLIOGRAPHIE

1984 CAHIERS D'ECOLE - Ed. Voix R. Meier (dessins)
1984 TALC - Ed. RACK 720 (illustrations de textes de Pierre Eliane)
1988 SOLO BOYS & GIRLS - Ed. Seghers (dessins, photos, textes poétiques sur les raisons de la solitude)
1992 AUSTRAUAIROADBOOK - Jean Lovera Editeur (dessins et peintures d'Australie)
1993 DO NOT DISTURB I Rêves d'Hôtels - Ed. Marval (nouvelles et photos)
1994 JIMMY'SlACKET - Richard Meier Editeur (dessins)
25 IMAGES SECONDE - (illustrations du livre d'Hervé Eparvier Ed. Serpent â Plume)
FILLES DE JOUR - Ed. Marval (illustrations et textes des photographies de Marcial Larcet)
mai 1998 BEAUX GESTES - Ed. Pré aux Clercs Presse de la Cité (dessins sur le tennis)
mai 1999 TRANSFOCUS - Réalisation avec la Fnac d'un livre de photos numériques avec un CD-ROM inclus comprenant toutes les photos, des textes et des musiques


LE GRAPHISME

Réalise ses pochettes de disques, des affiches pour différentes associations ou entreprises
1994 Dessine le Logo de la région Lorraine
1995 Il dessine les décors et les costumes du spectacle "Concert naïf au pays des anges" au Théâtre national de l'Odéon.
1996- 97-98 Diverses affiches et illustrations, pour des festivals de musique et d'art
1999 Réalise l'affiche du spectacle de Jean-Pierre Cassel ainsi que celles de différents tournois de tennis en France et à l'étranger