Les toiles tendues se contractent en des
touches d'une extrême rugosité, dévoilant à notre regard de vastes étendues où un gris de métal et de bitume ébauche des périples
nocturnes où le temps se perd pour celui qui sait sonder cet espace morcelé.
Car la moindre petite parcelle, la vue la plus dissimulée, le point le plus circonscrit de ce lieu devenu parcours prend aux yeux
du peintre, Michel Braun, les teintes d'une indicible profondeur.
Nous sommes alors invités, malgré nous, à vivre cette obsession de la nuance, cette préoccupation de l'expression quasi
scientifique d'une peinture persistante.
Alors, s'offrent à notre curiosité les différentes couches qui recouvrent la toile, comme un sol dont les strates raconteraient
une à une le récit d'un univers devenu empreinte. Nous avançons d'un pas ferme vers cette intuition, une accélération se joue
comme pour saisir cette plénitude qui déjà nous envahit.
Puis, le temps suspendu nous intime un silence, comme une promesse à peine formulée. Parfois, après cet examen minutieux, il faut
reculer de quelques pas pour revenir à l'oeuvre entière, et regarder d'un oeil neuf l'intensité des couleurs d'ardoise et de
brique mêlées comme pour se laisser imprégner de cet ensemble, offrant à notre curiosité des lignes imaginaires que notre esprit
invente, prospectant d'un pas résolu cette géographie calcaire que l'on croit deviner... »
Mariam M'raihi,
novembre 2007 |