Jean-Christophe Norman

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VANITY FAIR

Mon travail plastique, tout entier, est stimulé par une méthode de transcription du temps. Pour ce faire, inlassablement, je regarde une montre digitale et recopie les signes qu’elle m’indique, dans l’ordre suivant : le jour, le mois, l’année, l’heure, la minute, la seconde. Les intervalles correspondent au temps de recopiage de ces mêmes signes.

Cette «écriture/temps », qui s’appliquait le plus souvent sur des supports classiques tels que le papier et la toile, s’inscrit dorénavant sur une multiplicité de supports, et tout particulièrement sur ceux qui font écho ou participent à la vie contemporaine, à la communication, aux déplacements et aux échanges.

L’écriture/temps agit alors comme un révélateur et tout autant comme un contaminant de ces supports. Par exemple, en recouvrant des photographies de mode montrant de jeunes mannequins à la beauté presque irréelle je rejoins le thème classique de la vanité, à ceci près que l’accumulation des ces images dans nos sociétés sonnent le message d’un refus du temps qui passe. Les représentations ne s’inscrivent plus dans le marbre ou le bronze mais directement sur papier glacé, et leur résistance ne se fait plus dans la solidité et la noblesse des matériaux, mais dans le flux intarissable des images.

Mon idée n’est pas de juger cette réalité de fait, mais par un léger déplacement, d’en montrer à la fois le caractère irréductible et la beauté pathétique.

Enfin, les matériaux annexes qui composent ces « pièces » (le carton, le celotape) appartiennent eux aussi à notre monde contemporain fait d’échanges, de transports et de mouvements incessants. Ils possèdent tout autant leur noblesse et sont empreints de la magie à peine visible de nos existences communes.

Notre temps refuse le temps, il s’ingénie à se renouveler sans cesse. Du moins, le croit-il.

Jean-Christophe Norman.